Arrêt sur article #1: Le poids des mots dans la notion d’identité

« There is power in how we label ourselves »Les mots que nous choisissons pour nous définir sont importants. Ils portent en eux une histoire qui les dépasse et qui ne peut être occultée.

Il paraît que l’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Les vaincus sont-ils donc contraints à se définir avec des notions qui ne leur appartiennent pas, qui sont réductrices ou incomplètes? Et lorsque l’histoire des vainqueurs devient celle du pays, quels mots choisit-on pour se définir?

Avant l’arrivée des colons britanniques, l’Australie était habitée par plus de 250 communautés réparties sur le territoire. Chacune est porteuse d’une identité propre construite pendant les plus de 50’000 ans de leur présence sur le continent; chacune parle sa propre langue, effectue ses propres rites et a une appartenance géographique particulière.

Mais ces différences entre habitants d’un territoire de 7,6 millions de kilomètres carrés n’existent pas dans les yeux des colons. Les premiers habitants sont simplement enveloppés sous le terme Aborigène – ab origin, soit depuis l’origine.

“Les terres dont nous sommes les dépositaires sont différentes, nos dieux sont différents, nos langues sont différentes. Le Nyiyaparli ressemble autant au Kamilaroi que le français au russe. Qu’ont donc en commun nos grand-mères, nées une seconde fois, sous le terme aborigène? Un oppresseur” (1)

Résistance

Dans ce texte absolument brillant, Jared Field, membre du clan de Gomeroi de la nation Kamilaroi, doctorant en biologie mathématique à l’Université de Balliol à Oxford, explique la difficulté de se définir avec des mots-valises qui ont été construits par d’autres.

Il est d’avis que pour les premiers habitants, le terme « aborigène » qui englobe l’ensemble des clans a créé une solidarité. Il a révélé une communauté plus grande qui s’est reconnue différente et s’est unie pour résister ensemble à l’oppression. Mais ils ne sauraient être réductibles à ce seul terme. Et face aux non-indigènes, il ne veut pas l’utiliser, parce qu’il s’agit d’un mot de colonisateur, qui recouvre une réalité artificielle.

Le texte intégral est à lire ici en anglais.

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Sources: The Guardian Australia, rubrique opinion. A noter que le nombre de communautés recensées sur le territoire australien est approximatif, car le registre a été fait très tard dans l’Histoire. Mais une carte donnant une idée de la situation est disponible ici sur le site de l’institut australien consacré aux études aborigènes et des indigènes du détroit de Torrès.

Photo: Sur la route en direction d’Uluru

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