À Sydney, le beau temps menace autant que la pluie

Asséché, le sud-est de l’Australie a désespérément besoin de pluie.

Mais si celle-ci se mettait à tomber sans compter, elle risquerait de drainer cendres et débris volatils vers les bassins d’alimentation en eau potable de Sydney. Excursion au barrage de Warragamba.

En transport public le trajet dure un peu plus de deux heures, 2h04 pour être exacte. Il faut d’abord prendre un train jusqu’à Penrith, un quartier de l’agglomération du Grand Sydney. Cette petite ville située à une cinquantaine de kilomètres du centre est notamment connue pour y faire systématiquement cinq à six degrés plus chaud au moins qu’à la célèbre plage de Bondi. D’ailleurs, soyons honnêtes, lorsque les téléjournaux du monde entier parlent d’une journée à 48 °C dans la mégapole la plus peuplée d’Australie, les mesures reflètent souvent la température de Penrith. En cette fin de janvier, la miss affiche les mensurations suivantes : 35 °C, 70 % d’humidité, un ciel épais. Comprendre : l’air est collant.

De là, il faut encore prendre un bus jusqu’au barrage de Warragamba, notre destination. La bête silencieuse, comme l’appellent les locaux, a créé un bassin d’accumulation long de 52 kilomètres – 354 km si l’on compte ses multiples bras – le lac de Burragorang. C’est cet eau-là qui alimente environ 5 millions de personnes habitants le Grand Sydney et une partie des régions des Montagnes Bleues.

Menace 1: la sécheresse

En raison de la chaleur persistante et du manque de précipitations depuis le début 2019, le bassin de 75 km² perd chaque jour un peu de sa contenance. Au 1er février, il n’était rempli qu’à 43,1 % de sa capacité, une limite qu’il n’avait pas atteint depuis 2004 et de quoi se rapprocher dangereusement du niveau le plus bas jamais enregistré à 38,8 % en décembre de cette même année. En mai les autorités locales ont instauré les premières restrictions d’eau en dix ans, qui sont depuis toujours en place.

Sur place, les herbes toute jaunie qui décorent l’immense parking devant le barrage contrastent avec les eucalyptus, très résistants, qui donnent à la forêt avoisinante une jolie couleur verte. Mais les marques horizontales sur la paroi de ce barrage-poids – on se croirait à marée basse – ne trompent pas et rappellent l’étendue de la sécheresse. Celle-ci a d’ailleurs sévi sur tout le continent et lorsque la saison des feux a débuté, la propagation des flammes s’est montrée incontrôlable.

Plus de 110’000 km², soit l’équivalent de la superficie de la Bulgarie, sont partie en fumée en grande partie dans le sud-est du pays. La pluie qui est tombée durant un jour à la mi-janvier a permis de donner un peu de répit aux pompiers sur le front depuis septembre. Mais pas suffisamment pour éteindre complètement les incendies dont une huitantaine sévissent toujours en Nouvelle-Galles du Sud, dans le Victoria et dans le territoire de la capitale. À tel point que Canberra a dû proclamer l’état d’urgence. Une première depuis 2003. (Relire le point sur la situation à Sydney ici et ici.)

Menace 2 : la pluie

Le problème, c’est que la gigantesque zone qui a brûlé en Nouvelle-Galles du Sud est désormais recouverte de cendres et de pollution volatile et qu’elle comprend de nombreux bassins versants. Ces espaces drainent naturellement la pluie, vers des cours d’eau, des sources et bien sûr des barrages, dont celui de Warragamba.

À la mi-décembre, alors que les feux s’atténuaient autour du barrage, l’exploitant WaterNSW a émis un premier avis plutôt alarmant. « L’ampleur des éventuels impacts sur la qualité de l’eau stockée dans le barrage dépendra de l’étendue finale des incendies, qui brûlent toujours, et du moment et de l’intensité des prochaines pluies importantes ». Par mesure de précaution, il s’est activé à déployer des barrages flottants et de rideaux pour intercepter ou isoler les apports qui présentent un risque pour la qualité de l’eau stockée.

Interrogé par les médias australiens, Stuart Khan expert en sécurité de la qualité de l’eau et ingénieur en environnement de l’université de Nouvelle-Galles du Sud parle d’une situation préoccupante pour Sydney. « Le meilleur des scénarios serait que nous ayons un peu de pluies, régulièrement, pendant des semaines, voire des mois afin de permettre une repousse en douceur. Mais si nous avons un gros orage qui s’abat sur les bassins versants, une partie des cendres va se déverser dans le barrage de Warragamba. Et avoir un réservoir rempli de terre, de sédiments et de cendres est en soi un vrai problème, car cela rend les processus de traitement de l’eau plus difficile », souligne-t-il.

Pas de panique

Du côté de l’exploitant, on reste calme. Outre les bouées déployées, WaterNSW rappelle qu’ils ont toujours la possibilité de pomper l’eau à divers endroits ou profondeur du lac. Et puis, Sydney peut compter sur une usine de désalinisation qui entre en jeu lorsque l’eau du barrage diminue comme peau de chagrin. Elle permet de produire 250 mégalitres d’eau par jour, soit les besoins de 15 % de la population de Sydney.

À la réception du musée attenant au barrage aussi on se veut rassurant. « Oui, il a plu mais ce n’était pas suffisant, ni pour polluer le lac, ni pour inverser la tendance. Par contre vous n’allez pas pouvoir vous rendre sur la passerelle qui mène au sommet du barrage : la structure ferme à 16h ».

Zut.

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