Christmas in July: le temps d’un oxymore

Par une froide journée d’hiver, certains ont revêtu leur longs manteaux en laine et chaussé de grandes bottes doublées. Ils marchent d’un pas rapide et se déplacent d’un magasin à l’autre pour récupérer un peu de cette chaleur artificielle qui s’échappent des portes coulissantes. Lorsqu’ils se parlent pour se plaindre de la température bien trop fraîche, on devine presque un nuage de buée sortir de leur bouche. Après le travail, ils iront du côté de la cathédrale St-Mary au centre de Sydney. Ils se prendront un petit vin chaud pour les aider à avaler le prix du billet d’entrée de la patinoire éphémère qui habille la place chaque hiver et qui fait la joie de leurs enfants. Puis il faudra céder au “potato on a stick”, tradition directement importée d’Allemagne. Le tout frigorifié par ces tout petits 16 degrés de fin d’après-midi.

Par cette même belle journée de juillet, d’autres ont enfilé leur plus chaud t-shirt, agrémenté d’une grande écharpe; ils portent des tongs un peu usées. Ils flânent sur le front de mer, café ou milkshake à la main et marchent d’un pas traînant. Bondi pendant l’hiver, c’est tellement plus reposant. Lorsqu’ils s’abordent pour se plaindre de la température un peu fraîche de l’océan, on devine des grains de sable collés entre leurs orteils. Après la balade, ils iront glisser sur la “plus grande patinoire, la plus proche de l’océan, de l’hémisphère sud”. Et ils pesteront contre des prix indécents tout en grimaçant de douleur à la vue des patins à glace. Le surf c’est quand même moins douloureux. Puis il faudra rentrer chez soi, enfiler gros pull et chaussettes en laine, se lover au coin d’un chauffage électrique, et maudire l’isolation inexistante. Il fait 16 degrés, aussi bien dehors… que dedans.

Vers 17h00 la nuit tombe déjà, les lumières s’allument, on devine presque l’odeur indescriptible du brouillard qui laisse des gouttelettes sur les vitres des grands buildings en verre; on respire à grandes bouffées de l’air que l’on imagine froid et emprunt d’effluves à la cannelle. Nous sommes en plein mois de juillet et c’est l’hiver dans l’hémisphère sud. A Sydney, c’est l’occasion d’illuminer les rues de mille feux, de s’empiffrer, de s’emmitoufler… Habitants et commerçants le savent bien: il n’y aura pas plus hivernal! Alors autant en profiter pour jouer à célébrer Noël, sept mois trop tard ou cinq trop tôt.

Voici quelques-uns des rendez-vous que propose Sydney:

Le festival des lumières Vivid qui cette année a débuté le 25 mai (jusqu’au 16 juin) ouvre sans conteste les festivités. Un petit aperçu ici, ici ou encore . Chaque année, environ 2 millions de curieux participent aux nombreux événements que propose le festival. Et de la mi-juin à la mi-juillet, des patinoires sont installées aux quatre coins de la ville, de Bondi Beach, où elle est au cœur de son “hiver magique” jusqu’à la “Winterlight” de Parramatta en passant par la Winterfest du Luna Park et bien sûr devant la St Mary’s Cathedral, où elle jouxte un mini marché de Noël. Du 12 au 15 juillet, le quartier The Rocks par exemple vibre au rythme d’un Noël français grâce à une douzaine de petits chalets.

Dans les régions montagneuses d’Australie, Christmas in July prend clairement davantage d’ampleur – et de sens. A Thredbo, l’une des stations de ski du pays, vers laquelle convergent les Sydneysiders le temps d’un week-end, le père Noël fait son show sur les pistes et les restaurants proposent de vrais festins. Quant aux Blue Mountains, à deux ou trois heures de Sydney, elles organisent chaque hiver depuis vingt ans leur traditionnelle Yulefest qui recrée l’ambiance si particulière – et décorée et gloutonne – de Noël. Vous reprendrez bien une tranche de bûche?

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