Histoire de rue

Il y a quelque chose de poétique à découvrir une ville pour la première fois.

On emprunte une nouvelle rue comme on emprunte une œuvre à la bibliothèque : on sait que des centaines, voire peut-être des milliers de gens, l’ont parcourue, mais l’espace d’un instant, elle est aussi un peu à nous. On n’est pas la première, mais c’est quand même la première fois qu’on touche ce lampadaire, marche sur ce passage à piétons ou s’arrête sur cette terrasse. Comme les autres avant nous, on y laisse alors une trace éphémère tandis qu’en nous s’inscrivent des souvenirs impérissables. 

Lorsqu’on débarque dans un nouvel univers, on est d’abord perdu dans un autre espace-temps. Qui est ce personnage (illustre), qui habite dans cet immeuble de verre, pourquoi les stations de métros sont aussi gigantesques? Et puis au fil des pa(ge)s, on se glisse dans cet environnement, on s’y invite tranquillement et les rues dévoilent une à une leurs mystères. Elles sont comme ça les rues, surchargées de détails, qui nécessitent plusieurs lectures.

Les rues sont opportunes, parfois planifiées, parfois crées par inadvertance, elles zigzaguent entre édifices historiques, quartiers d’habitations et gratte-ciel interminables; elles longent des façades usées pleines de slogans griffonnés et grattés, d’affiches (dé)collées, de stickers éparpillés. Les rues ont cela de magique qu’elles sont les sillons d’une histoire nationale, racontent une société et relaient ses tourments. Et c’est à ce moment-là qu’on découvre les traces laissées par d’autres.

Dernier espace de liberté

A Hong Kong, la contestation se lit partout. Surtout sur les façades. Plus la ruelle est étroite, plus les revendications sont fortes et les secrets inavouables, plus l’avenue est grande, plus la mobilisation, aussi importante qu’elle soit, est rapidement effacée. Les rues ont cela d’incroyable qu’elles connectent quartiers et citoyens, riches et pauvres, jeunes et vieux, qu’elles servent de passages, de salons, de dortoirs mais aussi d’exutoires. Et dans ce cas-là aussi, on choisit une rue comme on se décide pour une œuvre à la bibliothèque, par nécessité, amour ou colère. Parce qu’elle représente un monde accessible à tous, pour tous, un dernier espace de liberté et de solidarité.


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J’étais quelques jours à Hong Kong à la fin du mois de septembre. C’était l’un des week-ends les plus calmes de la vague de contestations.

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