Entre océan et désert: « Land’s Edge » de Tim Winton

Je ne voudrais être nulle part ailleurs, je ne voudrais rien faire d’autre. Je suis à la plage, le regard tourné vers l’ouest, le continent dans mon dos alors que le soleil se dirige vers la mer. Mes repères sont là. (1) Land’s Edge: A Coastal Memoir de Tim Winton.

Dans Land’s Edge: A Coastal Memoir (Au bord des terres: Mémoire côtière), l’auteur australien Tim Winton rend hommage aux terres qui bordent l’océan. Le texte ne raconte pas une histoire, mais recueille une multitude de souvenirs, d’ambiances, d’expériences, de réflexions. Tous ont comme point d’ancrage les plages d’Australie-Occidentale qui sont qualifiées tour à tour de “littoral”, de “marges”, ou encore de “véranda au bord du continent”.

Le sentiment d’être piégé entre la mer et le désert n’est à nulle part aussi fort qu’en Australie-Occidentale. À de nombreux endroits le long de ce vaste et solitaire littoral, la plage est l’unique marge entre eux. De l’océan, le regard se porte directement sur le désert rouge et, de cette nature sauvage, sur le scintillement bleu acier de l’océan Indien. Les racines sont présentes sur la plage, les coquillages sur la plaine. (2)

Ces plages sont des espaces confinés, précaires, coincés entre l’océan Indien et le désert australien, ce qui leur octroie une condition particulière. Elles ne sont ni tout à fait marines ni complètement terrestres, mais elles séparent deux étendues qui se ressemblent, à la fois fascinantes et menaçantes, immuables mais toujours en mouvement. Toutes deux sont “affamées”, “codifiées”, et personne “n’y entre […] à la légère”(3).

Ambiguïté identitaire

Dans Land’s Edge: A Coastal Memoir, Tim Winton reconstitue certains de ses souvenirs d’enfant rythmés par le son des vagues puis essaie de les comprendre avec ses yeux d’adulte. Il explique avoir vécu dans la banlieue de Perth, et pourtant ses souvenirs sont surtout liés à la mer, au sable, à l’été. Il avoue de fait être choqué de se voir “vêtu d’un ciré jaune. Ce n’était jamais l’hiver quand j’étais enfant!”. L’ambiguïté du littoral se retrouve ainsi dans la propre identité de l’auteur.

Je m’interroge souvent sur mes deux enfances, celle contrôlée et habillée, entre les palissades, l’autre décontractée, battue par le vent, à moitié nue entre les drapeaux. Est-ce simplement de la nostalgie? Est-ce que le garçon de banlieue s’est simplement imaginé une vie côtière? (…) Non, j’ai vécu ces deux vies (…) J’ai juste vécu la vie côtière avec plus de passion. (4)

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J’ai beaucoup aimé la poésie des mots utilisés pour décrire l’ambiance particulière qui règne sur la côte. Soit ce mélange d’excitation et de quiétude, mais aussi de fascination qu’exerce l’océan sur les hommes, visiteurs ou habitués.

Le texte de Tim Winton exhale l’air marin. Il raconte les beautés du littoral de Perth jusqu’à Exmouth en passant par Shark Bay, le plus grand estuaire du pays. On ressent le lien qui l’ancre à ces plages, rites de si nombreux passages; on court, on nage, on bronze, on brûle avec l’auteur. Un merveilleux recueil à emporter avec soi pour visiter la côte ouest de l’Australie…

Land’s Edge n’étant pas disponible en français, j’ai librement traduit les citations utilisées. Leur version originale est reproduite ci-dessous.

D’autres articles qui pourraient vous intéresser: Sweet Country, la bande son de l’Australie ou En plein cauchemar, Wake in Fright de Kenneth Cook.

(1) There is nowhere else I’d rather be, nothing else I would prefer to be doing. I am at the beach looking west with the continent behind me as the sun tracks down to the sea. I have my bearings.

(2) Nowhere else on the continent is the sense of being trapped between sea and desert so strong as in Western Australia. In many places along this vast and lonely coastline the beach is the only margin between them. From the sea you look directly upon red desert and from the wilderness there is the steely shimmer of the Indian Ocean. There are roots on the beach and shells out on the plain.

(3) The sea and the desert are both hungry, they have things to be getting on with so you do not go into them lightly.

(4) I often wonder about these two childhoods of mine, the one contained and clothed, between fences, the other rambling, windblown, half naked between the flags. Is it  just nostalgia? Did the suburban boy simply imagine himself a coastal life? (…) No, I lived both these lives (…) It’s just that I lived the coastal life harder, with more passion.

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3 commentaires

  1. Ocean – Notes de voyage
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  2. Marianne
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    Le descriptif est tout en détails et finesse que je me sens marcher sur cette plage avec le bleu du ciel et de la mer comme seul horizon….Les paysages se dessinent dans mon cahier de route! Bravo Diane et merci pour ce merveilleux partage avec Tim!

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    1. Diane
      ·

      Merci beaucoup! Contente que ça te fasse rêver 🙂

      Répondre

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