Parqués sur Manus, leur parole ne connaît pas l’isolement

On leur a volé tour à tour leur nom, leur avenir, leur vie.

Mais même isolés sur des îles perdues du Pacifique, loin de tout, ils font entendre leur voix. Eux, ce sont deux hommes, qui, craignant pour leur vie dans leurs pays respectifs, ont osé rêver d’un avenir meilleur. Depuis six ans, ils sont retenus sur Manus, petit territoire de Papouasie-Nouvelle-Guinée sur lequel l’Australie parque les réfugiés qu’elle ne veut pas réinstaller chez elle.

Le Soudanais Abdul Aziz Muhamat a reçu mercredi 13 février 2019 à Genève le Prix Martin Ennals, « Nobel des droits de l’homme ». Parce qu’il se bat pour sa dignité et ses droits ainsi que ceux de tous les autres requérants retenus. Il se bat pour retrouver sa liberté et son nom. Il se bat enfin pour dénoncer un système inhumain que « personne ne mérite de subir ».

« Depuis ce jour, je ne suis plus le même, explique-t-il. Le 17 octobre 2013, on m’a volé mon identité, on a effacé le nom pour lequel mes parents se sont battus. » Abdul Aziz Muhamat n’existe plus, en effet. Il devient QNK002. C’est à ce numéro qu’il devra répondre, c’est en l’entendant qu’il devra se mettre en ligne pour recevoir les repas qui lui sont glissés par-dessous les cages.

Extrait d’un article publié dans Le Temps, jeudi 14 février 201

La totalité de l’article, aussi émouvant que terrifiant, est à lire ici.

Au début du mois de février, un autre réfugié a fait entendre sa voix au-delà des océans. Retenu depuis 2013, le Kurde iranien Behrouz Boochani a reçu le prix littéraire le plus doté d’Australie, décerné par l’État du Victoria. Mêlant prose et poésie, « No Friend but the Mountains: Writing from Manus Prison » est un témoignage puissant, bouleversant même. Car sous la beauté de l’écriture se cache une réalité douloureuse et difficile à lire. Pas étonnant que son œuvre ait aussi été primée dans la catégorie non fictionnelle… Journaliste et poète, Behrouz Boochani n’en reste pas moins cloîtré loin de tout et pour faire entendre ses mots, il doit rivaliser d’ingéniosité. Cette œuvre, comme ses autres écrits, il les tape sur son téléphone portable avant de les envoyer, phrase par phrase, à son traducteur Omid Tofighian.
Lui aussi a été primé pour son travail.

Those fans are rusted, but they are robust
Those fans are all along the sides of the tent
Those fans contend against the harrowing heatwave
Those fans fight without respite
Struggling against the suffocation that besieges the tent.

Tiré de « No Friend but the Mountains: Writing from Manus Prison »

Pour Behrouz Boochani, il ne s’agit pas d’un coup d’essai.
En 2017, il avait déjà composé un documentaire glaçant à l’aide de son téléphone portable filmé entièrement sur Manus, à l’insu des autorités pénitentiaires. Il avait ensuite envoyé les images de Chauka, Please Tell Us the Time par séquence de 5 minutes au réalisateur iranien Arash Kamali Sarvestani basé à Amsterdam. Pour plus d’informations à ce sujet, relire Changement de lieux… mais pas de politique. Il collabore aussi régulièrement avec des publications comme The Guardian Australia et The Saturday Paper.

La politique migratoire australienne offshore a fait l’objet de plusieurs textes sur cette plateforme. Les quatre premiers chapitres offrent une vision complète de la situation basée sur les rapports émanant tant des autorités que d’ONG : La Solution du Pacifique 1/4, L’Accord de relocalisation régionale 2/4, Opération frontières souveraines 3/4 et La non-réponse humanitaire 4/4. D’autres publications sont depuis venues compléter cet état des lieux: Qui veut mes réfugiés, Changement de lieux… mais pas de politique, Sur la route et Tout ce que nous ne pouvons pas voir (All We Can’t See). Et dernièrement: Feuilleton migratoire à quelques mois des élections.
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