Murs poétiques, murs de convicts

Des murs d’ivrognes, de fous, de casseurs, de suicidaires, de jureurs, de manifestants en colère, de protestataires désespérés.The Lock-Up est une galerie d’art, de celles que l’on voit éclore dans les endroits désertés et inutilisables, de celles qui se nourrissent de l’esprit des lieux et qui en retour ennoblissent l’espace, de celles enfin qui rappellent une histoire trop importante pour s’en débarrasser, qui hante encore des murs grattés, usés, décolorés.

Autrefois, de 1861 à 1982, le bâtiment faisait office de station de police. Newcastle avait son service d’identification, ses deux cours d’exercices, et six minuscules cellules. Vestiges de l’époque coloniale, mesures économiques obligent, ces petites pièces – moins de 3m² – ont accueilli hommes et femmes durant près de 150 ans pour des séjours de trois ou quatre jours, le temps d’être condamnés. Une septième pièce a complété la collection en 1893: la cellule capitonnée. Des murs vêtus de cuir, matelassés de poils de chevaux, soit ce qui se faisait de mieux pour éviter que les prisonniers considérés comme incontrôlables ou fous ne se blessent.

Combien ont fini entre ces quatre murs? Combien sont repartis, du cuir de la cellule capitonnée sous leurs ongles ensanglantés? Des chiffres exacts, il est difficile d’en trouver. À en croire les nombreux articles dans le journal local (Newcastle Herald Morning) qui relatent les allées et venues de ce poste de police, cette chambre de sûreté a accueilli nombre de désespérés ayant tenté de mettre fin à leurs jours et qui, enfermés, attendaient d’être jugés pour avoir voulu commettre l’irréparable. Et puis il y a ceux qui ont gravé leur nom ou leur tristesse dans le cuir du cachot, qui ont détruit les coussins rembourrés ou endommagé le matériel du département de police.

D’autres ont fini au poste pour ivresse, insultes, participation à la grève du charbon (Coal Strike) de 1909, pour protestation contre les évictions durant la Grande Dépression ou encore pour émeutes lors de la fermeture du Star Hotel en 1979. Certains ont été jugés, puis amendés et libérés et d’aucuns envoyés dans la geôle de Maitland, tristement célèbre pour ses conditions déplorables.

La station de police ferme en 1982 et la Ville de Newcastle décide d’encourager l’appréciation de cet héritage unique et lance un peu moins de vingt ans plus tard un projet ambitieux pour rénover et valoriser les lieux. On y prévoit notamment un musée et une résidence d’artistes. Lieu d’échanges, d’exploration, d’idées: The Lock-Up a définitivement changé de visage.

Florilège de quelques tranches de vie, minutieusement recueillies par les journalistes de l’époque.

La cellule capitonnée
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Sources: oculaires, ici ou .

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