Mystery Road: de poussière et de sang

Un pick-up abandonné. Deux jeunes disparus. Un détective appelé en renfort.

Mystery Road débute comme pourrait commencer n’importe quelle série policière.

Mais elle se démarque dès les premières images par son esthétisme à couper le souffle. Et immédiatement, on pense aux premières saisons de Top of the Lake ou de True Detective. Au fil des épisodes on découvre une enquête complexe – largement dépendante des paysages sauvages – qui aborde de nombreuses thématiques allant des violences faites aux femmes aux trafics en tous genres. A ces crimes actuels s’ajoutent les blessures séculaires qui déchirent encore communautés aborigènes et descendants de colons.

Mystery Road se déroule dans une petite ville du nord-ouest australien et dans laquelle tout le monde se connaît. La série ouvre sur la disparition de deux jeunes connus de tous: Marley, un jeune de la communauté aborigène et Reese, un backpacker qui s’est établi dans la région. Tous deux travaillent dans un ranch – la station Ballantine – qui appartient depuis plusieurs générations à la famille d’Emma Jones (Judy Davis), aussi cheffe de la police locale. C’est son frère, Tony Ballantine (Colin Friels), qui est en charge du domaine. Emma Jones décide de faire appel à un inspecteur extérieur, le détective Jay Swan (Aaron Pedersen), venu tout droit de Melbourne et dont la réputation n’est plus à faire. Lui-même descendant des premiers habitants du continent, il est habitué à intervenir dans des villes perdues aux confins du pays.

Jay Swan a déjà crevé le grand écran dans deux films: Mystery Road (2013) et sa suite Goldstone (2016), réalisée par Ivan Sen. La série se situe chronologiquement entre les deux long métrages et se suffit à elle-même. Elle a été réalisée par Rachel Perkins.

Des êtres humains

Le rôle de Jay Swan, écrit pour Pedersen, est complexe. L’homme incarne à la fois les forces de l’ordre et la communauté aborigène. Deux univers qui l’observent avec méfiance. On le voit lors de ses interactions avec les habitants mais aussi dans ses rapports tendus – qui tournent régulièrement à l’affrontement – avec Emma Jones. Ce à quoi s’ajoute, évidemment, sa position d’individu étranger aux lieux.

C’est là que le casting des personnages secondaires prend tout son sens. Taiseux au ton rude, Jay Swan secoue les habitants par ses questions directes. Il grommelle, tance, s’échauffe et réagit avec violence lorsqu’il recherche la vérité. Bref, il soupçonne tout le monde, tout le temps. Difficile de lire dans son regard ou dans son attitude. Le rôle de sa fille, Crystal (Madeleine Madden) est ainsi capital. C’est par elle et par les relations difficiles qu’elle entretient avec son père que le spectateur en apprend le plus sur la vie privée et professionnelle du détective.

De son côté, Emma Jones, qui apparaît en comparaison comme plus arrangeante dans ses relations, fait face à la méfiance de la communauté aborigène de la région. Une méfiance qu’elle ne saisit pas, jusqu’à ce qu’elle entreprenne (enfin) des recherches sur sa propre histoire. Ainsi tant Jay que Emma sont chamboulés par des aspects de leurs vies qu’ils découvrent au fil de leurs investigations et nous au fil des épisodes.

Les traits d’humour et les situations inattendues permettent de relâcher la tension qui s’accumule entre les deux détectives principaux, et celle, bien sûr, qui accompagne la trame. La mesure est parfaitement dosée et renforce l’aspect très humain des personnages. Ce ne sont pas des héros parfaits mais des êtres du XXIe siècle qui font face aux aléas du quotidien tant dans leur vie privée que professionnelle tout en portant le poids de l’histoire australienne.

Et l’Outback

Et puis il a cet autre personnage, l’Outback et ses couleurs franches à en faire pâlir les filtres Instagram. Des paysages magnifiques, vastes, au visuel léché et symétrique – sans doute rendu possible grâce à l’utilisation d’un drone – qui apportent texture et intensité. Lorsque les personnages souffrent de la chaleur qui oscille entre 30 et 50 degrés l’année durant, c’est parce que les acteurs souffrent de la chaleur. Et en cela, la géographie des lieux a un rôle de personnage antagoniste.

Mais contrairement à cet Outback qui rend fou comme on le retrouve dans Wake in Fright ou qui écrase comme dans Sweet Country, ici les paysages sont des opposants moins menaçants, certes difficiles à gérer, mais dont l’affrontement ne mène pas forcément à la violence, à la folie ou à la mort.

La série diverge en cela aussi de Goldstone. Bien que tout aussi esthétiques, les prises de vue y étaient plus léchées mais aussi plus dures, plus violentes. Ce qui aboutissait à un sentiment de malaise profond et de peur. Y aurait-il au contraire dans Mystery Road une pointe d’optimisme qui se diffuse dans la manière même de filmer l’environnement? Et qui viendrait alors renforcer le message des créateurs de la série: « il est indispensable de se réconcilier avec son passé, pour penser le présent de manière sereine ».

Peut-être. A vous de juger!

Sources: La série; le compte rendu du festival de Lille dont est tiré la citation des créateurs est disponible ici. Et quelques infos supplémentaires sont à lire .
Image: Photo prise au Lac Ballard en Australie Occidentale.

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