Pinces de crabe et noix de coco

Pour avoir du lait de coco…

Dans tous ses travaux, Robinson souffrait cruellement de ne pas posséder de scie. Cet outil, impossible à confectionner avec des moyens de fortune, lui aurait épargné des mois de travail à la hache et au couteau. Un matin, il se crut victime de son obsession en entendant à son réveil un bruit qui ne pouvait être interprété que comme celui d’un scieur en action.

Robinson se dégagea doucement du trou de rocher où il avait coutume de dormir, et il s’avança à pas de loup vers l’origine du bruit, en s’efforçant de se préparer à l’émotion qu’il éprouverait s’il se trouvait face à face avec un être humain. Il finit par découvrir au pied d’un palmier un crabe gigantesque qui sciait avec ses pinces une noix de coco serrée entre ses pattes. Dans les branches de l’arbre, à vingt pieds de haut, un autre crabe s’attaquait à la base des noix pour les faire choir. Les deux crustacés ne parurent nullement incommodés par la survenue du naufragé et poursuivirent tranquillement leur bruyante besogne.

Michel Tournier, Vendredi ou les Limbes du Pacifique.

Crédit photo: Au supermarché du coin.

Mes autres rêveries: ici ou ou encore .

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