Qui veut mes réfugiés?

« Vous y croyez ?

L’administration Obama a accepté de prendre des milliers d’immigrés illégaux d’Australie. Pourquoi ? Je vais revoir cet accord stupide »

Ces mots publiés en février 2017 par le nouveau président des États-Unis Donald Trump ont ému l’Australie. Ils méritent une petite contextualisation et puis, déjà qu’on y est, définissons au passage « milliers », « immigrés illégaux » et « accord stupide ».

L’accord

L’accord passé entre l’administration Obama et le gouvernement Turnbull se décline en plusieurs points:

  • Il a été annoncé en novembre 2016. C’est un accord unique qui permettrait à certains réfugiés parqués sur les îles de Manus et Nauru d’être transférés aux États-Unis.
  • Il n’est ouvert qu’aux migrants reconnus comme réfugiés, soit la quasi-totalité. L’Australie demande aux demandeurs d’asile n’ayant pas été considérés comme réfugiés de retourner dans leurs pays ou de se résoudre à une détention indéfinie.
  • Environ 1250 réfugiés pourraient être concernés par cet accord, s’il est finalement honoré.
  •  En échange, Canberra s’engage à réinstaller sur son territoire des réfugiés du Salvador, du Honduras et du Guatemala.
  •  L’accord ne prévoit pas une acceptation automatique des réfugiés. Ceux-ci doivent en faire la demande.
  • Les candidats à une réinstallation aux États-Unis – déjà reconnus réfugiés au terme d’une longue procédure australienne – seront soumis à une « enquête approfondie » américaine. Certains d’entre eux, voire tous, pourraient être refusés.

Le contexte

La remise en cause de cet accord pourrait bien compromettre la stratégie australienne d’immigration ou du moins la redéfinir. Canberra doit absolument fermer son camp sur l’île de Manus, après que la Cour papoue l’a déclarée illégale. Que fera-t-elle alors de ces hommes et ces femmes qui attendent de pouvoir retrouver une vie normale? (Relire L’Accord de relocalisation régionale et Opération frontières souveraines. Tous deux retracent les décisions politiques liées à l’immigration dite « illégale »).

« Il est très important que cet accord soit honoré car cela permettra de renforcer les options de réinstallation des personnes » vivant sur les îles, avait plaidé le Premier ministre australien, Malcolm Turnbull.

Sans compter que les organisations de défense des droits humains, des Nations Unies, et de nombreux autres pays ont dénoncé les deux structures en raison des sévices physiques et psychologiques (viol, agression, automutilation, suicide) subis par les demandeurs d’asile et réfugiés qui y vivent. (Relire La non-réponse humanitaire qui rassemble une bonne partie des rapports publiés sur le sujet).

Des réfugiés

Il y a actuellement 1900 personnes – réfugiés et demandeurs d’asile – qui vivent sur les deux îles Manus et Nauru. L’Australie utilise ces deux territoires pour y parquer les  migrants qui ont choisi de rejoindre l’île-continent par la mer, « illégalement », selon sa rhétorique. En décembre 2016, selon les dernières statistiques livrées par le gouvernement, il y avait 866 personnes vivant dans le centre de rétention de Manus et 380 dans celui de Nauru. Parmi elles, figurent une cinquantaine de femmes et le même nombre d’enfants.

A ces nombres s’ajoutent quelques 700 réfugiés envoyés par l’Australie sur l’île de Nauru. Eux vivent au sein de la communauté de la plus petite république du monde.

Au 31 décembre 2016, parmi les 1200 personnes dont la demande d’asile a été évaluée à Nauru, 983 d’entre elles, soit 82%, ont été reconnues comme « réfugiées ». Sur les 859 demandeurs d’asile dont les requêtes ont été évaluées par le gouvernement à Manus, 669 d’entre eux, soit 78%, ont été reconnus comme « réfugiés ».

Le Premier ministre australien, Malcolm Turnbull s’est voulu rassurant après la conversation téléphonique avec Donald Trump qui a précédé ce Tweet. Il a ainsi réaffirmé que l’accord serait honoré. Mais côté Maison Blanche, les signaux sont contradictoires.

Sources: Twitter, statistiques officielles (ici ou ici) mais aussi les différents articles bien documentés publiés dans The Guardian: ici, ici ou encore .

Photo: Image symbolique prise au détour d’un mur. Je n’ai pas trouvé l’auteur de ces deux visages.

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