Six ans de trop

Six ans ; Septante-deux mois ; trois cent douze semaines ; deux mille cent nonante jours ; cinquante-deux mille cinq cent soixante heures… à attendre et espérer.

Depuis six ans, des centaines d’hommes et de femmes sont retenus dans la république de Nauru ou à Manus avec lesquelles Canberra a conclu de coûteux accords. Depuis six ans, ils attendent donc dans les limbes d’un système administratif cruel qu’on leur rende leur liberté. Depuis six ans, l’Australie refuse de les accueillir sur son sol, car ils ont tenté de rejoindre le continent par bateau.

Six années ont passé depuis que l’Australie, alors dirigée par le travailliste Kevin Rudd en quête d’une réélection – qu’il n’obtiendra pas – a mis en place un durcissement des conditions d’asile sous le slogan « Zero Tolerance ». Le 19 juillet 2013, les Premiers ministres australien et papou-néo-guinéen tombent d’accord : tous les demandeurs d’asile arrivés par voie illégale – c’est-à-dire par bateau – sur sol australien seront transférés dans un centre de tri australien construit sur Manus. C’était le début de l’accord de relocalisation régionale (PNG Regional Resettlement Agreement). Souvenez-vous:

Même une fois leur statut de réfugié établi, ils ne seront jamais réinstallés en Australie. En échange, l’île-continent promet d’accroître son aide financière à l’archipel. Le 3 août, Nauru accepte un même accord, et ajoute que les réfugiés ne pourront pas obtenir la nationalité nauruane.

En 2013 (relire Accord de relocalisation régionale 2/4), les bases du modèle australien d’immigration sont lancées mais de nombreuses autres décisions politiques prises par des gouvernements libéraux (centre-droit) (relire Opération frontières souveraines 3/4 et La non-réponse humanitaire 4/4, Qui veut mes réfugiés, Changement de lieux… mais pas de politique, Sur la route et Tout ce que nous ne pouvons pas voir (All We Can’t See). Mais aussi Feuilleton migratoire à quelques mois des élections ainsi que Un jour viendra où nous serons tous libres) viendront compléter l’arsenal législatif les années suivantes afin de renforcer des frontières jugées encore trop perméables.

#SixYearsTooLong

Samedi, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues des grandes villes du pays. Pancartes en main, poings levés, ils ont crié que six ans à attendre sans promesse d’avenir c’était trop long. Parmi eux, certains n’avaient pas six ans. Tout un symbole.

Ironie de calendrier, c’est aussi en ce jour de macabre anniversaire que le nouveau Premier ministre de Papouasie-Nouvelle-Guinée James Marape a appelé l’Australie à trouver une solution pour les 450 hommes parqués sur Manus. D’autant que ces dernières semaines, un nombre croissant d’entre eux, désespérés par les dernières élections, ont tenté de se suicider.

« Nous aimerions que cet arrangement prenne fin dès que possible ». « On parle d’êtres humains. On ne peut pas les laisser dans les limbes sans idée de leur avenir ».

James Marape, Premier ministre de PNG

Pour un résumé rapide de ces six années, lire ici (en anglais) et une vision de l’intérieur (en anglais). Ainsi qu’un petit bonus sur l’opacité du système mis en place sur Manus.

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