Tout ce que nous ne pouvons pas voir

La sculpture d’une enfant scarifiée qui s’est cousu les lèvres.

La peinture d’un homme affamé, celle d’une femme qui se douche sous le regard malsain d’un garde. Il n’y a pas de pire fiction que la réalité.

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@allwecantsee Melbourne opens tonight 5-7 at @fortyfivedownstairs. The exhibition will run until August 11th, open 11-6 daily. – Thank you to the huge generosity of our supporters for making this show possible: @clare_herschell @joshuayeldham @ellisartinstallation @thespanishacquisition @artvango @future_super and the many more of you who have made contributions big and small to our Kickstarter campaign which is still live, thanks to you we are nearly at our target. If you’d like to support us please head along to link in bio and help us get there. – Proceeds from artwork sales from the exhibition will be donated to @humanrightslawcentre to continue their important work. – Artwork: I Heart Nauru by @pennb, the original figurine will be on display tonight. Photograph by Matthew Stanton. – Please come along and help us shine a light on the brutal and unacceptable human cost of Australia’s offshore processing policies. Five years. Twelve deaths. Forty kids who have never known a day of freedom. – #closethecamps

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Les œuvres de l’initiative All We Can’t See mettent en image les quelque 2116 rapports qui ont fuité le 10 août 2016 des services australiens de l’immigration et qui concernent son centre de rétention sur le petit territoire de la république de Nauru (relire La non-réponse humanitaire).

Ces milliers de pages documentent des centaines d’abus de toutes sortes – agressions, sévices sexuels, souffrances morales… – perpétrés entre mai 2013 et octobre 2015 à l’encontre de migrants placés sur cette île. Plus de la moitié des incidents impliquent des enfants.

Le gouvernement australien s’est efforcé de construire un discours autour de Manus et Nauru, et cette rhétorique s’est avérée d’autant plus efficace qu’il est difficile pour les journalistes de se rendre sur place et de raconter ce qui se passe en Australie (Elaine Pearson, directrice de Human Rights Watch.

Loin des yeux…

En mettant en images ces documents, All We Can’t See offre une autre narration en donnant de la voix à celles et ceux retenus contre leur gré dans ces centres. Elle donne un aperçu de ce qui se passe à 4000 kilomètres des côtes australiennes, jusqu’ici loin des regards.

En l’absence d’accès des médias à l’île, notre objectif est d’illustrer les rapports de Nauru par une expression créative, en utilisant l’art pour faire la lumière sur tout ce que nous ne pouvons pas voir.

Dans le détail, les initiateurs du projet All We Can’t See veulent sensibiliser la population à ce qui se passe sur Nauru et par extension sur Manus, raconter la dimension humaine, encourager les gens à lire les fichiers qui ont fuité et témoigner de leur soutien.

Depuis 2012, Canberra sous-traite sa politique migratoire auprès de voisins plus petits et plus pauvres en l’échange de sommes faramineuses. Deux centres australiens de rétention ont été construits sur le petit territoire de Nauru et l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Dans le premier sont envoyés les familles, les femmes et enfants seuls; dans le second, les hommes non accompagnés. Leur seul crime est d’avoir demandé protection à un pays démocratique: la quasi totalité d’entre eux ont été reconnus comme étant des réfugiés.

Pendant ce temps au Forum du Pacifique…

Chaque année dix-huit pays présents dans le Pacifique se réunissent pour discuter des défis à venir. Cette année, ce forum a lieu du 1er au 9 septembre sur la petite île de Nauru. Fait surprenant, alors que ce sommet est à l’accoutumée particulièrement médiatisé, Nauru a décidé de limiter à trente le nombre d’accréditations de journalistes, caméramans et photographes qui pourront participer à l’événement, soit moins de deux par pays. Officiellement, elle met en avant sa petite taille – 21 km2, 11’000 habitants – et ses modestes infrastructures. On peine à croire toutefois que cette limitation n’ait rien à voir avec le centre australien de rétention de migrants.

La politique migratoire australienne offshore a fait l’objet de plusieurs textes sur cette plateforme.  Les quatre premiers chapitres offrent une vision complète de la situation basée sur les rapports émanant tant des autorités que d’ONG : La Solution du Pacifique 1/4, L’Accord de relocalisation régionale 2/4, Opération frontières souveraines 3/4 et La non-réponse humanitaire 4/4. D’autres publications sont depuis venues compléter cet état des lieux: Qui veut mes réfugiésChangement de lieux… mais pas de politique, Sur la route et Tout ce que nous ne pouvons pas voir (All We Can’t see).

Sources: site internet et compte instagram/facebook de All We Can’t see ainsi que les fichiers de Nauru,  et ce papier d’humeur ici.
Image: photo symbolique prise dans le quartier d’Ultimo, Sydney

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