Vous reprendrez bien un peu de melon dégénéré?

De la douceur à l’épreuve du mal du pays, de la tristesse, des balles. De la douceur pour tromper la mort.

Elle avait décidé de s’engager pour soutenir les Américains partis au combat. Elle voulait leur apporter un peu de ce bonheur gustatif qui manquait tant dans ces tranchées lointaines. Elle avait rejoint les autres volontaires de l’Armée du Salut, déjà parties pour le Vieux Continent, emportant dans ses bagages le seul tablier qu’elle possédait. Elle était prête à servir, elle aussi, à servir aux milliers de soldats partis repousser les Allemands les donuts qu’elle aurait préparés avec tendresse et amour.

Le nom donut ou doughnut est formé de dough, pâte et nut, noix, soit « noix de pâte ». Il apparaît pour la première fois en 1809 aux Etats-Unis, mais ce genre de pâtisserie est déjà présent sur le Vieux Continent depuis des siècles sous forme de beignets, boules de Berlin et autres pets de nonne.

En Australie, le donut est partout! Un petit par-ci, un gros par-là, un rouge, un vert, un fourré, un saupoudré de tout ce qui est saupoudrable, au marché, au supermarché, dans un petit boui-boui, à la boulangerie du coin, cette noix de pâte réjouit les Aussies qui en achètent gaiement par carton.

Mais si cette « boule de pâte sucrée, frite dans du gras de cochon » – à l’époque en tout cas – est aujourd’hui une véritable institution en Australie, elle ne l’a pas toujours été. Sa première mention date de mars 1845 dans le Sydney Morning Herald. Au détour d’une phrase, comme on parlerait de tarte aux pommes ou de pain au chocolat, le chroniqueur parle de « dough-nuts ». L’article est en fait un billet américain et, durant des décennies, la présence de cette pâtisserie dans la presse australienne sera liée à l’Oncle Sam.

Influencés par ce lointain cousin, les Australiens succombent peu à peu à l’appel enjôleur du donut. Cette douceur entre d’abord discrètement dans les chaumières grâce aux premières recettes publiées dès 1879 dans les quotidiens. Mais c’est véritablement à l’aube de son industrialisation qu’elle ravit définitivement l’estomac des Australiens. En 1950, la première chaîne australo-américaine voit le jour sous le nom Downyflake Donuts. Son atout? Une incroyable machine qui transforme des boules de pâte en donuts sous les yeux des gourmands. Aujourd’hui Downyflake n’existe plus, l’épatant mécanisme n’a finalement pas suffi à arrêter la gloutonnerie de Dunkin Donuts, la chaîne américaine – moins spectaculaire mais plus tentaculaire – qui s’implante dans les années huitante, ni d’ailleurs à concurrencer Donut King, autre firme australienne fondée en 1981, et toujours très présente de nos jours. « Le donut est mort, vive le donut », comme dirait l’autre.

Et le trou du donut, alors? Il est apparu vers 1861, semble-t-il. Mais comme dirait le fondateur de Downyflake:

As you ramble on thru’ life, Brother
Whatever be your Goal,
Keep your Eye upon the Doughnut
And not upon the Hole.

 

Sources: gustatives, oculaires, Salvation Army USA, Etymonline, ici, ici ou .

3 J'aime

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.