Vulnérables Rêves

Le rêve. L’utopie. Vulnérables, fragiles, transparents. Ballottés, projetés, à demi-construits. Rêves décapités. Utopies envolées.

Ici des grues, symboles de construction, peintes sur de grands draps plastiques, se tiennent parfois bien droites, accrochées aux parois comme des voiles prêtes à prendre le vent, parfois écrasées, repliées, à moitié montées – ou démontées. Là un zeppelin en aluminium un peu froissé survole, immobile, une sorte de bâche de chapiteau orange et blanc, maculée de taches noires difficilement lisibles, une étendue qui ébauche assurément un dessein plus vaste. Plus loin une montgolfière transparente, elle aussi suspendue, rappelle l’ampoule de l’idée. Elle arbore des graffitis à paillettes, un soleil, d’autres dessins épars. Plus loin, un panneau plastique doucement ondulé par l’air ambiant donne vie à la forme tracée sur sa surface transparente: une chimère sur un monocycle, décapité, les bras écartés, se profile une dizaine de fois. Le dessin de ce Christ en croix est au fil des exécutions toujours plus imposant, toujours plus réel.

Projeté en plein processus réflexif, le visiteur zigzague entre formes et matériaux. Et si l’œuvre symbolisait ces idées que l’esprit fomente, ces idées qui parfois donnent naissance à des projets concrets mais qui souvent n’existent que dans l’imagination de celui ou celle qui les façonne? Et si elle permettait d’entrevoir enfin tous les efforts déployés pour naviguer vers la réalisation de nos rêves? Et si l’idée était justement de permettre au visiteur de vivre ce voyage mouvementé, fragile, incertain et si facilement dévoyé? Un souffle seul suffit à le lancer mais aussi à le détruire.

Willing to be vulnerable! Conçue spécialement pour la Biennale de Sydney 2016, l’œuvre de l’artiste coréenne Lee Bul s’inscrivait parfaitement dans les murs qui l’accueillaient sur Cockatoo Island. Des rêves, l’île des cacatoès a certainement dû en susciter une grande quantité. Tour à tour paradisiaque, infernale, industrielle et artistique, nombreux sont ceux qui ont échoué, volontairement ou non, sur ses rives… Mais ça, c’est une autre histoire.

Pour la vision de l’artiste : Ici, ici, ou encore .

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